l'expertise pratique en rhumatologie

> Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique, naïfs d’anti-TNF, la poursuite d’un traitement par ixékizumab SC (anti-IL17A) pendant 3 ans s’accompagne d’un maintien de la réponse clinique articulaire et cutanée, sans signal particulier en termes de tolérance (SPIRIT-P1).
> Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, le sécukinumab SC (anti-IL17A) inhibe la progression des lésions structurales à 6 mois, notamment chez les patients naïfs d’anti-TNF, indépendamment d’un cotraitement par méthotrexate (FUTURE 5).
> Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, on observe une augmentation du cholestérol total et de ses fractions de l’ordre de 8-10 % sous tofacitinib 5 mg x 2 fois/j, justifiant une surveillance et une prise en charge adaptée des paramètres lipidiques.
> Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, avec réponse inadéquate ou intolérance à un traitement préalable, le guselkumab (anti-IL23p19) apporte un bénéfice à un an sur les arthrites, les enthésites, les dactylites et le psoriasis.
> Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, avec réponse inadéquate ou intolérance à un traitement de fond préalable, le risankizumab (anti-IL23p19) apporte un bénéfice à 6 mois sur les arthrites, la progression des lésions structurales et le psoriasis.

1 Ixékizumab : quelle efficacité et quelle tolérance à 3 ans dans le rhumatisme psoriasique ?

L’efficacité et la tolérance de l’ixékizumab (anticorps monoclonal anti-IL17A) ont été évaluées chez 210 patients atteints d’un rhumatisme psoriasique, naïfs d’anti-TNF, inclus dans la phase d’extension d’une étude contrôlée, randomisée de phase 3 (SPIRIT-P1), traités avec des injections sous-cutanées d’ixékizumab (80 mg/4 semaines ou 80 mg/2 semaines) pendant 3 ans.
En termes de maintien thérapeutique, 59,5 % (125/210) des patients initialement randomisés dans les groupes ixékizumab étaient toujours traités à 3 ans, avec des taux de maintien comparables chez ceux traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines (58,9 %) ou 80 mg/2 semaines (60,2 %).
En termes d’efficacité à 3 ans, une réponse au critère ACR20 était observée chez 69 et 62 % des patients respectivement traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines et 80 mg/2 semaines, contre 51 et 56 % pour le critère ACR50 et 33 et 44 % pour le critère ACR70. Une résolution complète des enthésites (score LEI = 0 chez les patients ayant un score LEI > 0 à l’inclusion) était observée chez 47 et 40 % des patients, alors qu’une résolution complète des dactylites (score LDI-B = 0 chez les patients ayant un score LDI-B > 0 à l’inclusion) était observée chez 62 et 69 % des patients respectivement traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines ou 80 mg/2 semaines (Fig. 1).

Sur le versant cutané, une réponse au critère PASI75 était observée chez 63 et 69 % des patients respectivement traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines et 80 mg/2 semaines.
En termes de tolérance à 3 ans (données issues des 386 patients ayant reçu au moins une dose d’ixékizumab), l’incidence annualisée des infections graves était respectivement de 1,8/100 patients-année (P-A) et de 0,5 /100 P-A chez les patients traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines et 80 mg/2 semaines, celle des infections candidosiques de 1,1/100 P-A dans les deux groupes ; aucun cas de MICI n’a été rapporté chez les patients traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines contre un cas chez ceux traités par ixékizumab 80 mg/2 semaines (0,2 /100 P-A) ; l’incidence annualisée des sorties d’étude pour événement indésirable était de 3,8/100 P-A chez les patients traités par ixékizumab 80 mg/4 semaines et de 5,2 /100 P-A chez ceux traités par ixékizumab 80 mg/2 semaines.

Message clé : Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique, naïfs d’anti-TNF, la poursuite d’un traitement par ixékizumab pendant 3 ans s’accompagne d’un maintien de la réponse clinique articulaire et cutanée, sans signal particulier en termes de tolérance.

• Chandran V, Fleischmann R, Lespessailles E et al. Efficacy and safety of ixekizumab in patients with active psoriatic arthritis: three year results from a phase 3 study (SPIRIT-P1). Eular 2018 ; THU0333.

2 Sécukinumab SC : quelle efficacité structurale à 6 mois dans le rhumatisme psoriasique, avec ou sans traitement préalable par anti-TNF ?

L’efficacité et la tolérance du sécukinumab SC (anticorps monoclonal anti-IL17A) ont été évaluées chez 996 patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, avec réponse inadéquate ou intolérance au méthotrexate (cotraitement chez 50 % des patients à l’inclusion) ou aux anti-TNF (1 à 3 anti-TNF chez 30 % des patients) (FUTURE 5). Ces patients ont reçu du sécukinumab SC à la posologie de 300 mg/4 semaines avec une dose de charge préalable (300 mg/semaines pendant 5 semaines – groupe 300 mg LD+) ou du sécukinumab SC à la posologie de 150 mg/4 semaines avec ou sans dose de charge préalable (150 mg/semaines pendant 5 semaines = groupes 150 mg LD+ ou LD-) ou du placebo (avec possible remplacement du placebo par du sécukinumab SC 300 mg ou 150 mg à partir de la 12e semaine et remplacement systématique du placebo par du sécukinumab SC 300 mg ou 150 mg à partir de la 20e semaine) pendant 12 mois dans le cadre de la phase contrôlée.
En termes d’efficacité structurale à 6 mois, la progression moyenne du score de Sharp total modifié, analysée sur l’ensemble de la population, était de +0,08 dans le groupe 300 mg LD+, +0,17 dans le groupe 150 mg LD+ et -0,09 dans le groupe 150 mg LD- contre +0,50 dans le groupe placebo (respectivement p < 0,01, p < 0,05 et p < 0,01 vs placebo). Lorsque l’analyse était stratifiée sur un éventuel traitement anti-TNF préalable, la progression du score radiographique était moins importante dans les trois groupes traités par sécukinumab +0,01, +0,12 et -0,25 que dans le groupe placebo +0,48 (respectivement p < 0,01, p < 0,05 et p < 0,05 vs placebo) chez les patients naïfs d’anti-TNF, alors que la progression du score radiographique des trois groupes traités par sécukinumab (+0,23, +0,29 et +0,31) ne différait pas de celle observée dans le groupe placebo (+0,54) chez les patients préalablement traités par anti-TNF (Tab. 1). Lorsque l’analyse était stratifiée sur l’éventualité d’un traitement par méthotrexate à l’inclusion, la progression du score radiographique était moins importante dans les groupes traités par sécukinumab que dans le groupe traité par placebo, indépendamment d’un cotraitement par méthotrexate (Tab. 1).

Message clé : Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, le sécukinumab SC inhibe la progression des lésions structurales à 6 mois, notamment chez les patients naïfs d’anti-TNF, indépendamment d’un cotraitement par méthotrexate.

• van der Heijde D, Mease P, Landewé R et al. Subcutaneous secukinumab inhibits radiographic progression in psoriatic arthritis : analysis by prior anti-TNF therapy and concomitant methotrexate use. Eular 2018 ; OP0306.

3 Tofacitinib : quel impact sur les paramètres lipidiques et sur l’incidence des événements cardiovasculaires dans le rhumatisme psoriasique ?

L’impact du tofacitinib (5 mg x 2/j ou 10 mg x 2/j) sur les paramètres lipidiques et l’incidence des événements cardiovasculaires ont été évalué chez 783 patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, inclus dans deux études contrôlées randomisées de phase III (OPAL Broaden : patients avec réponse inadéquate aux traitements de fond synthétique, naïfs d’anti-TNF et OPAL Beyond : patients avec réponse inadéquate aux anti-TNF), puis dans la phase d’extension à long terme de ces deux études (OPAL Balance).
La durée médiane (extrêmes) du traitement par tofacitinib était de 344 (1-927) jours, avec une exposition cumulée au tofacitinib de 776 patients-années (P-A).
Une augmentation dose-dépendante des lipides était observée à 3 mois, sans majoration à 6 mois. L’augmentation observée concernait à la fois le LDL-cholestérol (CL) et le HDL-CL. Les rapports LDL-CL/HDL-CL et CL-total/HDL-CL étaient inchangés à 6 mois (Fig. 2).


La pression artérielle systolique moyenne et la pression artérielle diastolique moyenne étaient inchangées à 6 mois, avec 4 cas d’hypertension artérielle ayant justifié une sortie d’étude et 2 cas d’hypertension artérielle classés en événement indésirable grave.
Des événements cardiovasculaires majeurs ont été rapportés chez quatre patients traités par tofacitinib : un décès d’origine cardiovasculaire, deux infarctus du myocarde et un accident vasculaire cérébral, avec une incidence des événements cardiovasculaires majeurs de 0,38 (0,08-1,11)/100 P-A, de l’ordre de celle observée sous tofacitinib chez les patients inclus dans les études sur le psoriasis (0,24 [0,15-0,37]) ou sur la PR (0,38 [0,30-0,47]).

Message clé : Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, on observe une augmentation dose-dépendante du CL-total et de ses fractions, de l’ordre de 8-10 % sous tofacitinib 5 mg x 2/j et de 12-17 % sous tofacitinib 10 mg x 2/j. Cet effet justifiera une surveillance et une prise en charge adaptées des paramètres lipidiques chez les patients atteints de rhumatisme psoriasique.

• Gladman DD, Charles-Schoeman C, McInnes IB et al. Changes in lipid levels and incidence of cardiovascular events following tofacitinib treatment in patients with psoriatic arthritis : an integrated analysis across Phase 3 and long-term extension studies. Eular 2018 ; THU0299.

4 Guselkumab (anti-IL23p19) : quelle efficacité clinique et quelle tolérance à 1 an dans le rhumatisme psoriasique ?

L’efficacité et la tolérance du guselkumab (anticorps monoclonal anti-IL23, spécifique de la sous-unité p19), ont été évaluées chez 149 patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif (≥ 3 articulations douloureuses et gonflées, CRP ≥ 3 mg/l, surface cutanée atteinte ≥ 3 %) avec réponse inadéquate ou intolérance à un traitement préalable (AINS, corticothérapie orale et/ou traitement de fond synthétique), dans le cadre d’une étude contrôlée, randomisée (phase IIa). Ces patients ont reçu des injections sous-cutanées de guselkumab (100 mg à l’inclusion, à 4 semaines, puis toutes les 8 semaines) ou de placebo (avec possibilité de remplacement du placebo par du guselkumab à partir de la 16e semaine) pendant 24 semaines, dans le cadre de la phase contrôlée, puis des injections sous-cutanées de guselkumab (100 mg toutes les 8 semaines) jusqu’à la 44e semaine, dans le cadre de la phase ouverte.
En termes d’efficacité à 56 semaines, l’analyse en imputation de non-réponse montrait que 61 % des 100 patients initialement traités par guselkumab répondaient au critère ACR20 (Fig. 3).

Sur le versant articulaire, l’analyse des données observées révélait que 74 % des 83 patients toujours traités par guselkumab à 56 semaines répondaient au critère ACR20, contre 53 % au critère ACR50 et 33 % au critère ACR70. On observait une résolution complète des enthésites chez 71 % des 65 patients, ainsi qu’une résolution complète des dactylites chez 75 % des 48 patients toujours traités par guselkumab à 56 semaines. Sur le versant cutané, on observait 85 % de réponse PASI75, 78 % de réponse PASI90 et 57 % de réponse PASI100 chez les 82 patients toujours traités par guselkumab à 56 semaines. Sur le versant fonctionnel, l’amélioration du HAQ était de -0,55 chez les 83 patients toujours traités par guselkumab à 56 semaines. Enfin, l’analyse en imputation de non-réponse montrait que 29 % des 100 patients initialement traités par guselkumab répondaient à 56 semaines au critère d’activité minimale de la maladie (MDA).
En termes de tolérance à 56 semaines, des événements indésirables graves étaient rapportés chez 4,7 %, des infections graves chez 0,8 % et des arrêts pour événements indésirables chez 1,6 % des 129 patients traités par guselkumab.

Message clé : Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, avec réponse inadéquate ou intolérance à un traitement préalable, le guselkumab apporte un bénéfice à 1 an sur les arthrites, les enthésites, les dactylites et le psoriasis.

• Deodhar A, Gottlieb AB, Boehncke W-H et al. Efficacy and safety results of guselkumab in patients with active psoriatic arthritis over 56 weeks from a phase 2a, randomized, double-blind, placebo-controlled study. Eular 2018 ; OP0308.

5 Risankizumab (anti-IL23p19) : quelle efficacité clinique et structurale et quelle tolérance à 6 mois dans le rhumatisme psoriasique ?

L’efficacité et la tolérance du risankizumab (anticorps monoclonal anti-IL23, spécifique de la sous-unité p19), ont été évaluées chez 185 patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif (≥ 5 articulations douloureuses et gonflées, ≥ 1 lésion cutanée à l’inclusion ou antécédent de psoriasis), avec réponse inadéquate ou intolérance aux traitements de fond synthétiques conventionnels et/ou aux anti-TNF, dans le cadre d’une étude contrôlée, randomisée (phase 2a). Ces patients ont reçu des injections sous-cutanées de risankizumab selon quatre schémas différents :
- 150 mg S0, 4, 8, 12 & 16 (groupe 1)
- 150 mg S0, 4 & 16 (groupe 2)
- 150 mg S0 & 12 (groupe 3)
- 75 mg S0 (groupe 4) ou de placebo pendant 16 semaines.
En termes d’efficacité à 24 semaines, 43 % (groupe 1), 48 % (groupe 2), 59 % (groupe 3) et 40 % (groupe 4) des patients traités par risankizumab répondaient au critère ACR20 contre 31 % de ceux traités par placebo (p < 0,01 pour la comparaison du groupe 3 au groupe placebo). Sur le versant structural, la progression du score radiographique (Sharp total modifié) à 6 mois était de -0,3 (groupe 1), +0,2 (groupe 2), -0,5 (groupe 3) et -0,2 (groupe 4) contre +0,6 dans le groupe placebo (p < 0,05 pour la comparaison du groupe 3 au groupe placebo et p < 0,01 pour la comparaison des groupes 1-4 au groupe placebo) (Fig. 4).

Sur le versant cutané, 69 % (groupe 1), 70 % (groupe 2), 70 % (groupe 3) et 56 % (groupe 4) des patients traités par risankizumab répondaient au critère PASI75 à 24 semaines contre 14 % de ceux traités par placebo (p < 0,001 pour la comparaison des groupes 1, 2 ou 3 et p < 0,01 pour la comparaison du groupe 4 au groupe placebo). Enfin, l’analyse en imputation de non-réponse montrait que 19 % (groupe 1), 29 % (groupe 2), 26 % (groupe 3) et 30 % (groupe 4) des patients traités par risankizumab répondaient au critère d’activité minimale de la maladie (MDA) à 24 semaines contre 7 % de ceux traités par placebo (p < 0,01 pour la comparaison du groupe 2 et p < 0,05 pour la comparaison des groupes 3 ou 4 au groupe placebo). En termes de tolérance à 32 semaines, des événements indésirables graves étaient rapportés chez 0 % (groupe 2) à 15 % (groupe 4) des patients traités par risankizumab contre 5 % de ceux traités par placebo, alors que des événements indésirables conduisant à l’arrêt du traitement étaient rapportés chez 0 % (groupes 2 ou 3) à 7 % (groupe 1) des patients traités par risankizumab contre 5 % de ceux traités par placebo.
Message clé : Chez des patients atteints d’un rhumatisme psoriasique actif, avec réponse inadéquate ou intolérance aux traitements de fond synthétiques conventionnels et/ou aux anti-TNF, le risankizumab apporte un bénéfice à 6 mois sur les arthrites (groupe 3), la progression des lésions structurales (groupe 3) et le psoriasis.

• Mease PJ, Kellner H, Morita A et al. Efficacy and safety of risankizumab, a selective IL-23P19 inhibitor, in patients with active psoriatic arthritis over 24 weeks: results from a phase 2 trial. Eular 2018 ; OP0307. 

L’auteur déclare les liens d’intérêt suivants : Liens d’intérêt: Abbvie, Biogen, BMS, Janssen, Lilly, MSD, Nordic Pharma, Pfizer, Roche, Sandoz, Sanofi, UCB.