l'expertise pratique en rhumatologie

Éditorial

Quel rhumatologue n’a pas entendu une patiente atteinte de polyarthrite rhumatoïde (PR) lui rapporter que sa maladie était apparue à la faveur d’un événement de vie particulièrement éprouvant, tel que la perte d’un proche, ou que ses poussées sont fréquemment déclenchées par un stress ?

Au-delà de ce constat, nous avons tous intuitivement conscience que l’état émotionnel peut avoir une influence sur l’état de santé, et plus particulièrement sur les maladies à médiation immunologique, comme la PR. Mais qu’en sait-on réellement ? Comment le stress peut-il affecter notre organisme et notre système immunitaire ?

Le terme de stress lui-même n’est pas simple à définir : sa définition recouvre à la fois l’origine du phénomène (contrainte, pression), sa nature (psychique : épreuve, agression, choc émotionnel ou physique : traumatisme, infection) et ses effets (détresse, oppression). Le stress est donc à la fois l’agent stressant et la réaction au stress, elle-même modulée par différents facteurs émotionnels, comportementaux, extérieurs (soutiens…). Un stress peut en outre correspondre à un phénomène aigu ou chronique, être lié à des éléments somatiques (maladie grave) ou purement psychiques (stress professionnel, familial, social…).

Nous aborderons dans un premier temps la physiologie du stress en tant que phénomène d’adaptation à une agression, puis nous parlerons le stress pathologique ou inducteur de pathologies.
Nous analyserons ensuite les données de la littérature en ce qui concerne la PR.
Enfin, nous verrons ensuite les perspectives thérapeutiques non-médicamenteuses et conclurons sur le modèle d’interactions neuro-immunes que constitue le stress.

Pr Thierry Schaeverbeke
Rédacteur en chef

1/ Physiologie du stress aigu : phénomène d’adaptation rapide à une agression

Pr Thierry Schaeverbeke

Communication inter-système

Si l’on analyse la réponse au stress comme un besoin ancestral de répondre rapidement à une menace physique (combat, infection…) en maintenant l’homéostasie de l’organisme dans une situation d’urgence, on comprend que l’ensemble des grands systèmes de communication de l’organisme soient sollicités :
– système nerveux central,
– système nerveux autonome,
– système endocrinien,
– et système immunitaire.

Ces grands systèmes communiquent à leurs cibles par différents médiateurs : neuromédiateurs, hormones ou cytokines, certains agissant en tant qu’activateurs et d’autres comme des régulateurs. Ces systèmes n’agissent pas de façon indépendante : ils sont étroitement intriqués et les neuro-peptides comme les hormones agissent sur les cellules immunitaires, de même que les cytokines de l’inflammation agissent sur les cellules nerveuses et les glandes endocrines.

Axe corticotrope

Confronté à une réaction de stress ou de danger, c’est le cerveau dit reptilien, celui de l’instinct, de la réponse immédiate et de la survie, qui va réagir immédiatement. Le système sympathique et les organes circumventriculaires neuro-endocrines, avec l’hypothalamus, l’hypophyse, et la glande pinéale, vont être les premiers activés (Fig. 1) (1, 2).

Figure 1 – Stress, système nerveux autonome, axe corticotrope et inflammation.

L’hypothalamus produit la vasopressine, ou hormone antidiurétique, qui a un effet hypertenseur, et la CRH (corticotropin releasing hormone), qui, associée à la libération d’ACTH (adréno-cortico-trophic hormone), active la glande surrénale et la production d’adrénaline, responsable d’une augmentation de la fréquence cardiaque, d’une élévation de la pression artérielle, d’une dilatation des bronches et des pupilles, d’une sudation, et active la production de cytokines pro-inflammatoires par les cellules immunitaires. Parallèlement, la sécrétion de cortisol va également stimuler le cortex et l’éveil, tout en ayant une action de régulation anti-inflammatoire sur les cellules immunitaires (3, 4). Ces deux hormones ont également une action hyperglycémiante, fournissant aux tissus périphériques (muscles) et au cortex l’énergie nécessaire à une réaction immédiate. L’activation du système nerveux autonome est majeure. Le nerf sympathique produit essentiellement de la noradrénaline, qui a une action adrénergique se superposant à celle de l’adrénaline au niveau des différents organes cibles : hypervigilance corticale, mydriase, tachycardie, augmentation de la pression artérielle, sudation et stimulation de la surrénale… L’activation du système parasympathique aboutit, via le nerf vague efférent, à la synthèse d’acétylcholine, qui a une action excitatrice sur la jonction neuromusculaire et sur le système nerveux central (5). Ces deux neuromédiateurs (noradrénaline et acétylcholine) activent également les cellules immunitaires. La production de cytokines pro-inflammatoires par ces cellules immunitaires augmente la perméabilité de la barrière hématoencéphalique et donc la sensibilité du cortex à l’inflammation périphérique (anxiété, peur, agressivité, etc.), et diminue les seuils de perception de la douleur. Les cytokines pro-inflammatoires activent également le nerf vague afférent, qui agit d’une part sur le système nerveux central en accentuant l’émotion, l’excitation et la perception de la menace, et d’autre part sur des cibles périphériques avec pour effet principal la diminution du rythme cardiaque, pouvant aller jusqu’à la syncope, et l’accélération du péristaltisme digestif et déclencher une vidange intestinale.

Cette réaction d’alarme a donc pour effet global à court terme d’induire une hypervigilance, une anticipation et une hyperréactivité vis-à-vis du danger, une sensibilité accrue à la douleur et une anxiété. Elle augmente la probabilité de survie face à une agression brutale en favorisant une réaction rapide de combat ou de fuite. La syncope elle-même peut être considérée comme positive si l’on admet qu’elle induit une rupture de conscience face à une situation désespérée. À ce stade, c’est la réaction sympathique et parasympathique qui prédomine.

L’auteur déclare ne pas avoir de lien d’intérêt.

Bibliographie

1. Dantzer R. Neuroimmune Interactions: From the Brain to the Immune System and Vice Versa. Physiological Reviews 2018 ; 98 : 477-504.
2. Bains JS, Wamsteeker Cusulin JI, Inoue W. Stress-related synaptic plasticity in the hypothalamus. Nat Rev Neurosci 2015 ; 16 : 377-88.
3. Nicolaides NC, Kyratzi E, Lamprokostopoulou A et al. Stress, the stress system and the role of glucocorticoids. Neuroimmunomodulation 2015 ; 22 : 6-19.
4. Slavich GM, Irwin MR. From stress to inflammation and major depressive disorder: A social signal transduction theory of depression. Psychological Bulletin 2014 ; 140 : 774-815.
5. Jänig W. Autonomic Neuroscience: Basic and Clinical. Auton Neurosci 2014 ; 182 : 4-14.

La lecture de ce dossier est réservée aux abonnés.

Découvrez nos offres d'abonnement

Abonnez-vous à la revue et accédez à tous les contenus du site !

  • Tous les contenus de la revue en illimité
  • Les numéros papier sur l'année
  • Les newsletters mensuelles
  • Les archives numériques en ligne

ou

Achetez ce dossier

Ajoutez ce dossier à votre panier, procédez au paiement et retrouvez-le dans votre espace.

ou

Inscrivez-vous gratuitement sur Rhumatos.fr et bénéficiez de l'accès à une sélection d'articles !

  • Les actualités spécialisées, dédiées aux professionnels de santé
  • Les newsletters mensuelles