À l’heure de la rentrée, une question revient invariablement chez les parents : le cartable est-il trop lourd, et faut-il s’en inquiéter pour le dos de l’enfant ? La littérature médicale sur le sujet est aujourd’hui assez riche, et elle livre un message plus nuancé qu’on ne l’imagine souvent. Le mal de dos chez l’enfant est fréquent, il touche filles et garçons dès l’école primaire, et le cartable n’en est qu’un facteur parmi d’autres, pas toujours celui que l’on croit.

Un mal de dos plus fréquent qu’on ne le pense
Épidémiologie
Selon les pays et les tranches d’âge étudiés, entre 15 et 65 % des enfants et adolescents rapportent avoir déjà eu mal au dos ou au cou, les chiffres les plus élevés concernant les adolescents de 15-16 ans et les périodes de référence les plus longues (« au cours de la vie ») (1-4). Une étude tunisienne récente retrouve une douleur du rachis chez 44 % des enfants et adolescents interrogés, avec une prédominance de douleurs lombaires (4). Ces écarts entre études s’expliquent surtout par des différences de méthode (âge des enfants, façon de poser la question, durée de référence), mais tous les travaux s’accordent sur un point : le mal au dos n’est pas purement un problème d’adulte, il est déjà présent, et parfois banalisé, pendant les années d’école.
Les conséquences
Le mal au dos de l’enfant ou de l’adolescent n’est pas non plus anodin : plusieurs études montrent qu’il s’accompagne d’absentéisme scolaire, de troubles du sommeil, d’une moindre participation aux activités sportives, et pourtant peu d’enfants douloureux consultent un médecin ou un professionnel de santé (4, 5).
C’est un point utile pour les parents : une douleur de dos qui dure, qui gêne l’enfant dans ses activités ou son sommeil mérite un avis médical plutôt qu’une simple observation.
Ce qui pèse vraiment sur le dos des enfants
Le poids du cartable
Contrairement à une idée reçue, le poids du cartable n’est pas, à lui seul, le principal coupable. Plusieurs grandes études (sur plusieurs centaines, voire des milliers d’enfants) ne retrouvent aucun lien statistique entre le poids du sac et la survenue de douleurs dorsales. Une revue consacrée spécifiquement à cette question conclut d’ailleurs qu’il n’existe pas, à ce jour, de seuil de poids universel et solidement validé : les recommandations affichées varient de 5 à 20 % du poids de l’enfant selon les sources, le plus souvent autour de 10-15 %, sans que ce chiffre repose sur des preuves très solides (4, 6).
La manière de porter le cartable
En revanche, un facteur revient de façon beaucoup plus constante d’une étude à l’autre : le port du cartable sur une seule épaule (1, 2, 6, 7). Il est associé à un risque de douleur environ deux fois plus élevé dans une étude danoise (2) portant sur 546 adolescents (élèves) comme dans une étude iranienne (3) menée en école primaire (693 élèves). Une revue sur le sujet relie également le port à une seule main (plutôt que sur le dos, avec des bretelles) à davantage d’absences liées à la douleur (du dos, mais aussi des épaules).
Autrement dit, la façon de porter le sac compte au moins autant, sinon plus, que son poids exact.
Les autres facteurs
D’autres facteurs, non liés au cartable, ressortent régulièrement des études :
• le fait de regarder la télévision plus de 3 heures par jour,
• une mauvaise posture assise à la maison ou en classe,
• un mobilier scolaire mal adapté à la taille de l’enfant (chaise ou bureau trop court),
• des antécédents de douleur de dos chez les parents,
• l’âge (le risque augmente nettement après 12 ans, surtout chez les filles)
• et l’indice de masse corporelle élevé (1, 3, 8).
Le mal de dos de l’enfant apparaît donc comme un problème à plusieurs causes, où le mode de vie global – sédentarité, posture, environnement familial – pèse au moins autant que le cartable.
Focus sur la scoliose
À noter, pour rassurer certains parents : une petite étude comparant des enfants ayant une scoliose légère à des enfants sans scoliose n’a trouvé aucune différence dans la façon dont leur corps encaisse le port du cartable, que ce soit sur une ou deux épaules, et aucun enfant, dans un groupe comme dans l’autre, n’a rapporté de douleur pendant le test (9).
Le cartable, en pratique
Sans qu’il existe de règle magique et universellement prouvée, les études convergent tout de même vers quelques principes simples et raisonnables :
• privilégier un sac à dos porté sur les deux épaules, plutôt que sur une seule épaule ou à la main : c’est le facteur le plus systématiquement associé à une diminution du risque de douleur dans les études ;
• ajuster les bretelles pour que le sac soit porté près du dos, plutôt que pendant, bas et éloigné du corps ;
• viser un poids raisonnable, de l’ordre de 10 % du poids de l’enfant à titre de repère général, tout en sachant que ce chiffre n’est pas une limite stricte et scientifiquement gravée dans le marbre : il faut surtout éviter les excès (certaines études associent un poids supérieur à 20 % du poids corporel à un risque accru) ;
• alléger le cartable quand c’est possible : ranger à l’école le matériel qui n’est pas nécessaire chaque soir (un casier ou une étagère dédiée limite le poids réellement transporté et la durée de portage), et vérifier régulièrement ce qui s’accumule inutilement dans le sac ;
• garder à l’esprit que le poids n’est qu’une partie du problème : la façon de porter le sac, la posture de l’enfant, son activité physique globale et son temps passé assis comptent tout autant.
Et à l’école ?
Les programmes scolaires d’éducation au dos, animés par exemple par un kinésithérapeute sur quelques semaines, montrent des résultats encourageants : ils apprennent aux enfants des gestes simples (garder les courbures naturelles du dos, plier les genoux plutôt que le dos pour ramasser un objet, porter les charges près du corps, demander de l’aide pour les charges lourdes, porter le cartable sur le dos) et s’accompagnent d’une amélioration durable des comportements protecteurs, mesurée jusqu’à 1 an après le programme, ainsi que d’une diminution de la fréquence des douleurs rapportées (5, 8). Ces bénéfices s’estompent cependant partiellement avec le temps si l’école n’entretient pas ces messages d’une année sur l’autre – un argument en faveur d’une sensibilisation répétée plutôt que ponctuelle, à laquelle les parents peuvent utilement faire écho à la maison.
Bonne année scolaire à tous !

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêt en rapport avec cet article.
Bibliographie
1. Trevelyan FC, Legg SJ. Back pain in school children-Where to from here? Appl Ergon 2006 ; 37 : 45-54.
2. Skoffer B. Low back pain in 15- to 16-year-old children in relation to school furniture and carrying of the school bag. Spine 2007 ; 32 : E713-7.
3. Mohseni-Bandpei MA, Bagheri-Nesami M, Shayesteh-Azar M. Nonspecific low back pain in 5000 Iranian school-age children. J Pediatr Orthop 2007 ; 27 : 126-9.
4. Fazaa A, Cherif I, Miladi S et al. Prevalence of spine pain among Tunisian children and adolescents and related factors. Pediatr Rheumatol 2024 ; 22 : 84.
5. Cardon GM, Clercq DLRD, Bourdeaudhuij IMMD. Back education efficacy in elementary schoolchildren. Spine 2022 ; 27 : 299-305.
6. Dianat I, Javadivala Z, Allahverdipour H. School bag weight and the occurrence of shoulder, hand/wrist and low back symptoms among Iranian elementary schoolchildren. Heal Promot Perspect 2011 ; 1 : 76-85.
7. Dockrell S, Simms C, Blake C. Schoolbag weight limit: can it be defined? J Sch Heal 2013 ; 83 : 368-77.
8. Rezapur-Shahkolai F, Gheysvandi E, Tapak L et al. Risk factors for low back pain among the elementary school students, using penalized logistic regression. Epidemiol Health 2020 ; 42 : e2020039.
9. Gelalis ID, Ristanis S, Nikolopoulos A et al. Loading rate patterns in scoliotic children during gait: the impact of the schoolbag carriage and the importance of its position. Eur Spine J 2012 ; 21 : 1936-41.

